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Accord de réservation immobilière en Suisse

Accord de réservation immobilière en Suisse

Resume rapide

L'accord de réservation immobilière sous seing privé est nul en Suisse (art. 216 CO). Les arrhes sont récupérables par l'acheteur, sous réserve des frais effectifs que le vendeur parvient à démontrer.

En Suisse, l'accord de réservation immobilière signé sous seing privé est juridiquement nul s'il n'a pas été passé devant un notaire (art. 216 CO). Les arrhes versées (en règle générale entre CHF 10'000 et CHF 50'000) sont donc récupérables par l'acheteur, sous réserve des frais effectifs que le vendeur parvient à démontrer. Le Tribunal fédéral a confirmé que la retenue intégrale du dépôt est normalement excessive et peut être réduite par le juge (art. 163 al. 3 CO).

Le problème: «bloquer» un bien immobilier par un dépôt

La situation est fréquente sur le marché immobilier tessinois: un acheteur trouve le bien convoité, signe un document intitulé «accord de réservation» et verse une somme, en règle générale entre CHF 10'000 et CHF 50'000, en convenant que le vendeur retire le bien du marché. L'acheteur croit avoir «bloqué» l'affaire. Le vendeur estime disposer d'une garantie.

En réalité, la situation juridique diffère considérablement de ce que les parties imaginent.

La règle: l'exigence de la forme authentique

Le législateur suisse impose que tout transfert de propriété immobilière, et même la promesse de vendre ou d'acheter un immeuble, soit passé en la forme d'un acte authentique devant notaire (art. 216 CO). Cette norme est impérative et n'admet aucune dérogation.

Un simple document signé sous seing privé, même s'il est intitulé «contrat de réservation» ou «avant-contrat», est donc nul. La nullité signifie qu'il ne produit aucun effet juridique: aucune des parties ne peut exiger l'exécution de la vente.

La nullité frappe non seulement le contrat principal, mais aussi les clauses accessoires, y compris celle qui prévoit la perte automatique des arrhes en cas de désistement.

Les arrhes: en principe, elles doivent être restituées

Si le contrat est nul, quel sort est réservé au dépôt versé par l'acheteur?

La jurisprudence constante du Tribunal fédéral ne laisse aucun doute: le montant reste récupérable. Le vendeur ne peut pas retenir les arrhes pour la simple raison que l'acheteur a changé d'avis, puisque le contrat à la base du versement est nul.

Le Tribunal fédéral a toutefois reconnu que le vendeur peut retenir une partie du dépôt, mais uniquement à titre de réparation de ce que l'on appelle l'intérêt négatif, c'est-à-dire les dépenses concrètement engagées et documentées en vue de la vente qui n'a finalement pas abouti.

Ce que le vendeur peut retenir

En pratique, le vendeur peut déduire du dépôt les frais prouvés, par exemple:

  • frais de publication d'annonces immobilières
  • honoraires de consultants ou d'experts
  • frais liés à des modifications de projet documentées
  • coûts liés au retrait du bien du marché (si démontrables)

Ce que le vendeur ne peut pas retenir

N'est pas admise la retenue à titre de:

  • marge bénéficiaire perdue (gain manqué)
  • pénalité pour le changement d'avis de l'acheteur
  • montant forfaitaire sans lien avec des frais effectifs

Une clause prévoyant la perte intégrale des arrhes est considérée comme une peine conventionnelle excessive et le juge peut la réduire d'office (art. 163 al. 3 CO). Le Tribunal fédéral a établi que la clause pénale insérée dans un accord dépourvu de la forme requise ne peut survivre que si elle vise à compenser l'intérêt négatif, et non à sanctionner la non-conclusion du contrat.

Conséquences pour les parties

Pour l'acheteur

Avant de signer un quelconque «accord de réservation», il convient de savoir que le document, s'il n'est pas instrumenté par le notaire, est nul. Si le dépôt a déjà été versé et que la vente n'aboutit pas, l'acheteur a droit à la restitution, sous réserve des frais effectifs du vendeur.

Le conseil pratique: exiger que les arrhes soient versées sur un compte séquestre (escrow) auprès du notaire, avec une clause explicite qui en régisse la restitution.

Pour le vendeur

Pour se protéger, il est possible de prévoir un plafond raisonnable pour la retenue (indicativement 50 à 70% des arrhes), en lien avec des frais effectifs et documentés. Un montant supérieur risque d'être réduit par le juge. La voie la plus sûre reste la passation de l'acte authentique: un contrat préliminaire instrumenté par le notaire (art. 22 CO en relation avec l'art. 216 CO) lie les deux parties.

Le contrat préliminaire authentique: l'alternative sûre

Toute personne souhaitant réellement «bloquer» un bien immobilier avec un effet contraignant doit conclure un contrat préliminaire en la forme authentique (art. 22 CO en relation avec l'art. 216 CO). Dans ce cas, les deux parties sont tenues de conclure la vente et les arrhes conservent leur pleine valeur juridique.

L'étude Haab Legal, grâce à la compétence notariale de l'Avv. Roberto Haab, peut vous assister aussi bien dans la rédaction du contrat préliminaire que dans la passation de l'acte authentique.

English Summary

Reservation agreements for Swiss real estate: is the deposit refundable?

Under Swiss law, any contract obliging a party to buy or sell real estate must be executed before a notary in the form of a public deed (Art. 216 CO). A simple private "reservation agreement" is legally null and void, regardless of what it is called.

The practical consequence is that the buyer's deposit (typically CHF 10'000 to CHF 50'000) is generally refundable. The seller may only deduct proven out-of-pocket costs incurred in anticipation of the sale (advertising, consultant fees, documented project changes). Full forfeiture of the deposit is considered an excessive penalty and may be reduced by the courts under Art. 163(3) CO.

The Federal Supreme Court has confirmed that a penalty clause in a formless agreement can survive only to compensate the seller's "negative interest" (actual expenses), not to punish the buyer for withdrawing.

For a binding arrangement, the parties should execute a preliminary purchase contract in the form of a public deed (Art. 22 CO in conjunction with Art. 216 CO) before a notary.

Practical tips:

  • Buyers should insist on paying into a notary's escrow account and negotiate an explicit refund clause.
  • Sellers seeking security should opt for a notarised preliminary contract rather than a private reservation form.
  • Any penalty clause should be proportionate to actual costs to withstand judicial review.

Pour une consultation personnalisée: info@haablegal.ch | +41 91 913 30 70

Avv. Hugo Haab

Avocat et associé - Haab Legal, Lugano

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